Antoine
de Montchrestien
Auteur
du 1er traité
d'économie politique
Gouverneur
de Châtillon
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1576-
1621
|
Antoine
de Montchrestien, fils d'un apothicaire, est né en
1576 à Falaise en Normandie, durant les guerres de
religion. Il effectue ses études au collège
de Caen, preuve d'une certaine aisance de sa famille. Dès
l'âge de 20 ans, il s'oriente vers la littérature.
Il compose des poésies, mais surtout des tragédies.
Sa première tragédie est jouée en 1596
et connaît un certain succès. Antoine de Montchrestien
prend un pseudonyme : Vatteville. Sa carrière de poète
s'arrête brusquement en 1603. Alors âgé
de 27 ans , il est blessé dans une escarmouche. Il
assigne alors son agresseur en justiceet obtient réparation,
ce qui lui permît d'être à l'abri du besoin.
Un duel au cours duquel il tue son adversaire l'oblige à
s'exiler en 1605. Il va en Angleterre et en Hollande. Il restera
quatre ans dans ces pays, les deux premières puissances
économiques et commercialesde l'époque. Il est
très intéressé par les institutions et
les pratiques économiques.
En 1609, après avoir été grâcié,
il revient en France et se marie. A son retour, il met en
uvre le savoir qu'il a acquis lors de son exil. C'est
ainsi qu'il fonde une fabrique d'outils et une forge. En 1615,
il publie le " traité de l'économie politique
", il a alors 39 ans. Dans le même temps il tente
un retour à la littérature. Il est anobli et
reçoit le titre de baron et fait partie de la suite
du roi. Son expérience et sa position lui permettent
de donner son avis sur l'économie. Mais trop insistant,
il tombe en disgrâce et est exilé. Son exil est
cependant doré puisqu'il s'agit du gouvernement de
Châtillon-Sur-Loire. Cette région dispose de
gisements de minerai de fer et d'une industrie métallurgique.
Il transporte alors sa forge et sa fabrique d'outils à
Châtillon-Sur-Loire et les étend considérablement.
Comme gouverneur de Châtillon-Sur-Loire et homme d'affaires,
il profite de sa charge publique pour faire fructifier ses
affaires, en devenant propriétaire d'une usine métallurgique
et d'une coutellerie. Cependant, l'homme d'affaire avisé,
le gouverneur, l'homme public, abandonnera sa tranquillité
et penchera du côté protestant. Il participe
au soulèvement Huguenot en Orléanais, puis en
Normandie. Il est tué lors d'une embuscade le 8 octobre
1621 à l'âge de 45 ans.
OEUVRES
DE MONTCHRESTIEN
Antoine de Montchrestien est un auteur à deux facettes.
D'une part les tragédies et les poèmes et d'autre
part l'économie.
Pour les tragédies, il se fait connaître en 1596
en faisant jouer une tragédie " la Carthaginoise
ou la liberté à Rouen ". Suivra "
l'Ecossaise ", " les Lacènes ", "
David ", " Aman ", " Marie Stuart ",
" Hector ".
Pour les poèmes, il écrira " Suzanne ou
la chasteté " ou encore " les derniers propos
de feu Dame Barbe Guiffard ".
En ce qui concerne l'économie, il se fait connaître
en 1615 par son uvre unique et principale " Traité
d'économie politique ".
A sa mort il travaillait à une " Histoire de la
Normandie " et à une traduction des psaumes de
David qui ne seront pas imprimés.
LES
IDEES DE MONTCHRESTIEN
Antoine de Montchrestien avec sa publication en 1615
du " Traité de l'économie politique "
crée un nouveau terme: l'économie politique.
Au
début de l'uvre, Antoine de Montchrestien part
de l'état de la France depuis la mort d'Henri IV et
il constate qu'en à peine cinq ans le pays est passé
de l'opulence à la pauvreté et au désordre.
Il cherche alors par quels moyens on peut contrecarrer cette
situation. Il estime que le couple " gouvernant-gouverné
" est intimement lié. Aussi le gouvernement a
pour devoir la gloire, l'agrandissement et l'enrichissement
de l'état, qui découle de l'enrichissement de
ses sujets.
Antoine de Montchrestien présente une nouvelle notion
de l'économie : l'économie et la communauté
nationale sont inséparables. En effet, un individu
seul n'existe pas, c'est la diversité des besoins qui
est la base fondatrice de toute communauté. Antoine
de Montchrestien rompt avec l'ancienne pensée qui était
celle de l'économie domestique (thèse soutenue
par les penseurs grecs Aristote et Xénophon) et adopte
celle de l'économie politique. Par là il reconnaît
l'action de l'Etat et de la nation sur le fonctionnement de
l'économie.
Antoine de Montchrestien se pose alors la question : "
comment produire et accroître les richesses ? ".
La richesse de la nation n'est pas l'accumulation des métaux
précieux mais l'emploi de facteurs de production présents
avec efficience. Ces facteurs de production sont l'agriculture
et l'industrie. La notion de richesse est toute relative car
elle dépend de l'offre des biens et de leur demande.
L'offre des biens dépend de la population active et
de la production de ces biens. A cette époque, Antoine
de Montchrestien différencie déjà trois
secteurs dans l'économie : l'agriculture, l'industrie
et le commerce. Il note également que produire n'est
rien s'il n'y a aucune demande, que la demande n'est pas la
même au fil du temps et qu'elle s'accroît avec
le temps.
L'offre et la demande de biens s'ajustent l'une à l'autre,
il en dépendra l'évolution de l'économie,
aussi bien à court terme qu'à long terme. A
court terme, l'économie varie par la baisse ou l'augmentation
des prix. Pour attribuer un prix, il faut prendre en considération
deux facteurs : la valeur essentielle du produit qui est invariable
et le prix accidentel qui varie en fonction de différents
facteurs (par exemple, augmentation de la quantité
de métaux précieux). A long terme, le progrès
technique joue en faveur de la baisse des prix, d'où
une hausse de la demande donc de la production.
Antoine de Montchrestien définit l'expansion et le
renouvellement, c'est-à-dire que certains biens sont
renouvelés plus que d'autres, donc une plus grande
consommation, alors il y a une expansion dans ce domaine d'activité.
Il estime aussi que la concurrence est nécessaire,
mais s'il y en a de trop, cela est néfaste. Fort de
son exemple hollandais, lors de son exil, Antoine de Montchrestien
remarque que des activités sont plus favorables que
d'autres à l'économie. En particulier l'industrie
et le commerce sont plus profitables que l'agriculture. De
plus, au fil du temps, le prix des produits évolue,
plus le prix des produits nécessaires est bas, plus
les produits de luxe ont un prix élevé. Ainsi,
au fil du temps, il y a des changements sociaux.
Antoine de Montchrestien distingue le commerce intérieur,
du commerce extérieur. Pour lui, le commerce est indispensable.
Pour lui , le commerce extérieur fait payer des impôts
aux français, il explique qu'à chaque passage
d'un produit à une frontière, le produit est
taxé, donc le prix final s'en ressent. Il en conclue
qu'il vaut mieux exporter qu'importer.
Antoine de Montchrestien préconise une politique d'ensemble
de l'état. L'état doit aider les entreprises
privées. Il faut que l'oisiveté soit supprimée
et que l'état assure le plein emploi pour que toute
la population travaille. Ainsi il s'ensuivra un accroissement
de richesses et une propagation de l'industrie d'où
une certaine diminution du " crime ".
Il souhaite que l'Etat place chaque individu dans une activité
où celui-ci aura le meilleur rendement en fonction
de ses capacités, l'état doit aussi former les
artisans, spécialiser les individus et développer
l'enseignement. Antoine de Montchrestien est plus intéressé
par l'industrie que par l'agriculture. Selon lui, il faut
accroître la demande interne afin que le pays se suffise
à lui-même, mais aussi la demande externe (exportation
de produits manufacturés de bonne qualité) afin
de faire rentrer dans le pays des métaux précieux.
Aussi, il faut commercer avec les pays voisins pour avoir
une balance commerciale positive et posséder l'or et
l'argent. Pourtant Antoine de Montchrestien n'est pas opposé
au commerce avec l'étranger.
Il préconise le libéralisme pour les produits
que le pays ne possède pas et le protectionnisme pour
les produits que le pays possède. Il pense que les
transports maritimes sont le meilleur moyen de diminuer les
coûts de transport. Il faut encourager l'émigration
vers les colonies car cela permet de réaliser un optimum
de population (population maxi vis à vis du travail)
et de maintenir la paix sociale en envoyant dans les colonies
les agitateurs. Antoine de Montchrestien propose une nouvelle
répartition de la charge fiscale, c'est-à-dire
qu'il préconise de faire une déclaration des
revenus de chacun, de simplifier les impôts et d'égaliser
les charges. De là, une plus grande justice sociale
existerait et les risques de révoltes seraient diminués.
Le courant mercantiliste, auquel on relie Montchrestien,
naît d'une période de conflits tant physiques
que d'idées. En effet le pamphlet de Luther et les
prêches de Calvin (1545, lettre sur l'usure) ont ouvert
une nouvelle piste. On considère autrement la fructification
des biens et le prêt à intérêt contrairement
aux idées catholiques moyen âgeuses qui considèrent
la thésaurisation comme répréhensible.
En effet il était de bon aloi pour les nobles de dépenser
tous ses gains et aussi de pratiquer l'aumône. La finance
et la banque sont réservées aux Juifs et aux
Lombards.
Le mercantilisme (de l'italien " mercante " qui
veut dire marchand et du latin " mercator ")doit
son appellation aux critiques libéraux du XVIII et
XIXème Siècles. Le mercantilisme n'est pas une
doctrine cohérente et complète, c'est en fait
un ensemble de tendances relativement proches et d'idées
apparentées issues d'une vision d'époque des
grands problèmes économiques. La théorie
mercantilisteconsidère que la richesse de l'Etat doit
être fondée sur l'accumulation de métaux
précieux (or et argent) qui s'acquièrent de
différentes façons.
Le mercantilisme espagnol également appelé bullionniste
(de l'anglais bullion qui veut dire lingot) , avait pour esprit
l'accumulation d'or, qui constituait la source de la richesse.
Cette accumulation s'effectua par la logique du pillage de
l'Amérique Latine par les galions espagnols.
Le mercantilisme anglais et hollandais est basé sur
le commerce. Les anglais voient dans le commerce extérieur
et notamment le commerce maritime, la richesse du pays. La
flotte et le commerce international sont la base de la richesse
des peuples. Les mercantilistes ont généralement
limité les importations en stimulant les exportations
afin de faire entrer l'or dans les caisses de la nation. L'or
est le nerf des armées et donc de la puissance du prince.
Le mercantilisme était en faveur de taxes multiples
pour protéger l'économie du pays.
Enfin , le mercantilisme français est tourné
vers l'industrialisation.
CITATIONS CHOISIES
"
Ceux qui sont appelés au gouvernement des états
doivent en avoir la gloire, l'augmentation et l'enrichissement
pour principal but . "
Double obligation donc pour le gouvernement d'entreprendre
les actions qu'elles soient politiques ou économiques,
car celles-ci ne sont guère dissociées par l'auteur.
La gloire, l'augmentation, correspondent à l'accroissement
de la puissance. La richesse correspond au fait que de l'enrichissement
des sujets découle celui de l'état. En effet
pour Antoine de Montchrestien il est hors de question au vue
des relations gouvernement-gouverné que le prince ne
prenne ses responsabilités à l'égard
du peuple. C'est là le but de ce traité
" Maintenant qu'en toutes Républiques, il y a
mille sortes d'impôts, non connus, il semble être
beaucoup plus nécessaire que chacun donne son bien
par déclaration et fasse connaître quel est son
revenu
"
A l'époque où Antoine de Montchrestien a écrit
son ouvrage, la situation est mauvaise car le peuple souffre
de charges et d'impôts trop nombreux, de plus l'injustice
fiscale est grande. Antoine de Montchrestien en proposant
de faire une déclaration de revenus a une idée
novatrice (voire quasi-révolutionnaire). Il faut faire
une déclaration afin d'estimer le revenu de chacun,
de cette manière on simplifie les impôts et l'écart
important entre les riches et les pauvres sera diminué.
L'idée d' Antoine de Montchrestien est une nouvelle
répartition de la charge fiscale pour une plus grande
justice fiscale. Cette idée a fait son chemin, car
aujourd'hui, nous effectuons bel et bien une déclaration
de revenu afin de payer nos impôts. Nous pouvons aussi
comprendre les raisons qui ont fait que cette idée
n'a pas été retenue à son époque,
elle remettait en cause beaucoup d'impôts et de charges
qui permettaient aux nobles de s'enrichir. On notera que ces
taxes étaient également un frein à la
libre circulation des marchandises.
Partant du postulat que l'homme seul n'existe pas car la diversité
des besoins ont poussé celui-ci à la communauté
et qu'en chaque communauté il existe un pouvoir politique,
Antoine de Montchrestien écrit :
"
On peut fort à propos maintenir, contre l'opinion d'Aristote
et Xénophon, que l'on ne peut diviser l'économie
de la politique sans démembrer la partie principale
de son tout et que la science d'acquérir des biens
qu'ils nomment ainsi est commune aux républiques aussi
bien qu'aux familles . "
L'économie politique est la recherche des moyens permettant
l'enrichissement du pays. L'économie est politique
car le prince doit utiliser son pouvoir pour aider à
enrichir l'état. La politique de l'état doit
être globale, celle-ci doit favoriser l'intérêt
personnel, la concurrence, faire régner l'ordre, réglementer,
entretenir des moyens de communication pour aider aux échanges.
La politique de population doit permettre le travail de chacun.
L'état peut créer des ateliers et développer
des travaux d'intérêt général.
Louis Blanc appliquera ce système en 1848 en créant
les ateliers nationaux.
"
leur métier est le seul héritage d'eux
et de leur postérité, qu'outre la liberté
ils n'ont rien que ce revenu. "
Pour les chômeurs, qui n'ont d'autre revenu que par
leur travail, Antoine de Montchrestien propose de prévoir
une assistance aux chômeurs. Cette assistance permettrait
d'assurer un minimum, mais aussi d'éviter que les chômeurs
ne se révoltent ou que ceux-ci ne deviennent des bandits.
Pour Antoine de Montchrestien, l'agriculture, l'industrie
et le commerce sont interdépendants. L'agriculture
est prépondérante : " le labourage [
]
doit être estimé comme le commencement de toutes
les facultés et richesses ". Mais les richesses
ne sont pas seulement agricoles, elles sont aussi industrielles
: " tous pays qui ont richesses ont industrie ".
Le commerce est l'intermédiaire indispensable pour
que les biens passent de l'entreprise de l'époque au
consommateur national ou étranger. " Le trafic
de nation a nation se fait par les besoins que les uns ont
des autres ". Ainsi Antoine de Montchrestien place le
commerce, qu'il soit intérieur ou extérieur,
en position stratégique.
CONCLUSION
L'uvre d'Antoine de Montchrestien est riche d'idées
fortes. Il a su en son temps donner des explications économiques.
Il donne de nouvelles voies afin que les hommes politiques
puissent mieux agir que par le passé en ayant plus
de connaissances.
Pourtant son uvre ne fut pas bien accueillie. A cela
il y a plusieurs raisons :
·
Antoine de Montchrestien ne fut pas qu'un économiste,
il a été auteur tragique, poète. Il a
également cherché à donner des conseils
au prince.
· Il est en lutte avec le pouvoir établi, il
prend fait et cause pour des protestants et de plus, il est
soupçonné de faux monnayage.
· Son " traité de l'économie politique
" se présente en quatre volumes.
Pour ses contemporains, Antoine de Montchrestien était
porteur du mal. Ses idées semblaient néfastes
et incompréhensibles. En fait, Antoine de Montchrestien
apportait trop d' idées nouvelles et trop tôt,
c'était un précurseur. Son programme économique
restera lettre morte jusqu'en 1634 où La Gomberdière
présentera à Richelieu quelques unes des idées
d'Antoine de Montchrestien (comme par exemple la construction
navale).François Quesnay reprendra l'aspect
agricole, peu développé par Antoine de Montchrestien,
150 ans plus tard. Malgré tout, pour l'essentiel Antoine
de Montchrestien fut oublié deux siècles durant,
avant qu'il ne soit étudié lors de la période
de développement industriel sous le Second Empire.
Des études économiques reparlent d' Antoine
de Montchrestien, tel J. Garnier en 1854 dans son " dictionnaire
de l'économie politique " . Joli en 1865 écrit
une " étude sur Montchrestien " et Duval
lui consacre une étude entière en 1869 dans
" Mémoire sur Montchrestien ". De nos jours,
Antoine de Montchrestien est peu cité etpeu lu. On
comprend à cet égard que pour Schumpeter, le
" traité d'économie politique " d'
Antoine de Montchrestien soit sans originalité.
Dernièrement, Monsieur François Billacois,
historien, président de l'association des musées
de Cosne-Sur-Loire, a réédité "
le traité de l 'économie politique " d'
Antoine de Montchrestien, paru à la librairie Droz
de Genève en 1999.
BIBLIOGRAPHIE
" Encyclopédie Universalis ".
"
Pensée économique et théorie contemporaines
". André Piettre. Précis Dalloz.
"
Histoire de la pensée économique ". Henri
Denis. Sciences économiques.
Histoire
des pensées économiques : les fondateurs
Monsieur
François Billacois, historien
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