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La
Politique agricole commune (PAC) fait lobjet dune
profonde remise en cause par les agriculteurs et citoyens
: contestation des excès du " productivisme et
de ses conséquences sur la nature, sur la concentration
des exploitations et les déséquilibres entre
les territoires et productions ; interrogations sur le coût,
la légitimité, lefficacité et léquité
des aides directes, etc. Au sein même de lEurope,
le consensus autour de la PAC est de plus en plus menacé
entre des partenaires du Sud qui la trouvent trop favorable
aux grands produits du nord, et des partenaires du Nord favorables
à son abandon au profit du libre jeu des marchés.
Tous se retrouvent pour vouloir anticiper les conséquences
prévisibles de lélargissement de lEurope
vers plusieurs pays de lEst, gros producteurs agricoles
potentiels. Enfin, la PAC est contestée par les pays
tiers aussi bien agro-exportateurs concurrents quagro-importateurs,
au sein de lOrganisation mondiale du commerce qui définit
et veille au respect des règles du jeu des échanges
mondiaux.
La Commission européenne a donc proposé
un ensemble de réformes à entreprendre avant
2000 : lAgenda 2000.
Depuis
sa présentation en juillet 1997, " lAgenda
2000 " ou " Paquet Santer " (du nom du
Président de la Commission européenne), nourrit
périodiquement lactualité de lEurope
: il sagit ni plus ni moins que darrêter
les perspectives de développement de lUnion européenne
et de ses politiques internes pour aborder le XXIème
siècle compte tenu :
-
des problèmes internes liés au cadre politique,
institutionnel et budgétaire de lEurope et à
son élargissement aux pays de lEst.
-
du contexte externe des négociations multi-latérales
de lOMC pour poursuivre la libéralisation des
échanges agro-alimentaires ainsi que de lévolution
ses rapports avec ses partenaires privilégiés
des pays des PECO, du Mercosur, des Pays tiers Méditerranéens
et des Pays ACP avec qui elle souhaite passer ou renouveler
de nouveaux accords préférentiels de libéralisation,
de coopération, dassociation ou même dintégration.
LAgenda
2000 ou " Paquet Santer " (du nom du Président
de la Commission européenne à Bruxelles) ,est
donc un ensemble de propositions de réformes institutionnelles
(Conférence intergouvernementale - CIG - pour adapter
les mécanismes de prise de décisions à
une Europe élargie), monétaires (monnaie
unique et Banque centrale), du cadre financier (ligne
directrice budgétaire), des actions socio-structurelles
(simplification des fonds financiers et actions) et
enfin de la Politique Agricole Commune (PAC), jugées
nécessaires et prioritaires par la Commission avant
les échéances de lhorizon 2000.
La
réforme de la PAC de 1992 : un tournant inachevé
et incomplet
En ce qui concerne le volet agricole, la réforme de
la PAC de 1992 avait marqué un tournant avec la systématisation
du contrôle de loffre, une baisse programmée
des prix de soutien et un changement profond des modalités
de distribution des soutiens : de moins en moins directement
indexés sur les volumes produits par le biais du soutien
des prix et de plus en plus sur le niveau de capitalisation
via des aides directes. Mais cette réforme de 92 reste
contraire à lefficacité, car elle perpétue
des rentes coûteuses pour les consommateurs et contribuables
et contraire à léquité car les
aides compensatoires non dégressives, non plafonnées
et non découplées mais proportionnelles aux
quantités ou aux facteurs, modifient peu la répartition
du revenu et accentuent les disparités.
Elle
associe deux instruments daide à lagriculture,
lorganisation des marchés et les paiements compensatoires,
qui sinscrivent dans deux logiques assez différentes
pour être dans une situation paradoxale par rapport
au libéralisme. Elle ne tranche pas entre laisser jouer
les forces du marché, répartir des droits à
produire, ou recourir simultanément un peu aux deux
premiers choix : il ny a pas rupture avec les mécanismes
antérieurs de différenciation économique
de lagriculture et délimination des moins
compétitifs. En particulier, leffet redistributif
des aides est nul, leur répartition restant fonction
de la taille des exploitations et de leurs productions. La
réforme est restée très centrée
sur quelques secteurs (oléagineux, céréales
et viande bovine, soit moins du quart de la valeur de la production
agricole européenne).
Inadaptée au contexte de chômage, de stagnation
de la demande et à répondre à lémergence
de nouvelles craintes et demandes en matière de qualité,
de sécurité des aliments et de développement
durable, la PAC de 1992 met en évidence lobsolescence
du modèle productiviste en annulant toute possibilité
de croissance dans de nombreuses productions et pour de nombreux
producteurs, sans garantir pour autant une autre voie de maintien
de petits et moyens agriculteurs.
Enfin,
rien ne permet daffirmer sa compatibilité après
2000 ou 2002 en terme de surplus exportables sans subvention,
sans de nouvelles tensions avec les partenaires extérieurs
et sous les contraintes actuelles de lAccord de Marrakech
signé à lissue de lUruguay Round
dans le cadre des accords du GATT, alors que se dessine déjà
la reprise dun nouveau cycle de négociations
commerciales multi-latérales dans le cadre de lOrganisation
Mondiale du Commerce (OMC) qui doit induire un renforcement
des contraintes extérieures ?
Un
projet de réforme sous fortes contraintes
Comment faire évoluer la PAC sous la contrainte externe
du respect des accords du GATT à laquelle sajoutent
les conséquences de lélargissement à
lEst et celles anticipées des négociation
devenues permanentes à lOMC ? Il faut de plus
tenir compte d'un certain nombre de considérations
internes : d'une part la stabilisation des dépenses,
lintroduction des préoccupations des consommateurs,
la prise en compte des effets externes positifs et négatifs
de l'agriculture ; d'autre part, la simplification des instruments
pour disposer de mécanismes dintervention acceptables
par les pays tiers, durables et plus efficaces que le gel
et les quotas et généralisables à dautres
OCM pour leur étendre la réforme.
A
court terme, il sagit dabord dappliquer
laccord de lUruguay Round : la contrainte la plus
forte est la réduction des exportations subventionnées
mais la seconde contrainte incontournable réside dans
la conformité des aides tant du point de vue de leur
montant que de celui de leurs modalités . Or depuis
1995, la PAC est passée sous un régime de liberté
surveillée : les exportations peuvent croître
mais sans subventions, pendant que les règles d'attribution
des aides et leur éventuelle redistribution demeurent
de son ressort à lintérieur dun
cadre bien défini.
Doù
les propositions de la Commission actuellement en discussions.
Le
volet agricole de lAgenda 2000
La Commission anticipe une reprise dune très
forte croissance des stocks de céréales, de
viande bovine et de certains produits laitiers dici
2005. Elle fait dautre part une analyse positive de
la réforme de 1992 :
-
amélioration des équilibres de marchés
et réduction des stocks
- évolution favorable du revenu agricole
- transparence des soutiens et contrôle de leur coût
améliorés
- perspectives favorables à lexportation à
terme
Et
enfin se fixe un certain nombre dobjectifs :
-
Amélioration de la compétitivité internationale
- Augmenter la sûreté et la qualité des
aliments
- Garantir un niveau de vie équitable aux producteurs
- Intégrer plus les objectifs environnementaux
- Encourager la création de sources de revenus et demplois
complémentaires
- Simplification administrative et législative
La
Commission accorde donc beaucoup dimportance à
la dimension internationale de la politique agricole de lUnion
européenne avec un net souci de la compétitivité
de lagriculture européenne sur le marché
mondial, et de la préparation des futures échéances
des négociations multilatérales à lOMC.
Elle adopte ainsi une vision essentiellement commerciale de
lenvironnement international dans lequel évolue
lUnion européenne : le marché international
devient un espace à conquérir ou au moins à
préserver comme instrument de régulation des
marchés internes, tout en tentant de ménager
les autres "poids lourds" agro-exportateurs dans
la perspective dun accord agricole. Ainsi les grandes
lignes politiques dune réforme de la PAC reposent
sur linstrumentation et le principe de lapprofondissement
de la réforme de 1992 avec une application plus forte
: baisse des prix communautaires pour les rapprocher des cours
mondiaux et compensation non intégrale par une augmentation
des aides directes au revenu pour les produits sensibles à
lOMC : céréales, oléagineux, viande
bovine et lait.
Pour
la Commission, une telle approche anticipe les risques dengorgement
des marchés prévus à lhorizon 2002/2007
et les exigences des partenaires extérieurs au prochain
cycle de négociation de lOMC. Des mesures complémentaires
restent encore assez vagues en matière environnementale,
de plafonnement et de différenciation des aides et
de réorganisation de la politique rurale. Des propositions
" novatrices " sont soumises au débat : en
matière de grandes cultures, un prix dintervention
unique sappliquerait à toutes les céréales
y compris le maïs ; il baisserait de 20% dès 2000
pour améliorer la compétitivité à
lexportation et la baisse ne serait compensée
quà 50% par une aide spécifique elle aussi
unique, y compris pour les oléo-protéagineux.
Pour les productions animales et favoriser loccupation
du territoire par lélevage extensif, la revalorisation
des primes par tête de bovins et linstauration
dune aide à la vache laitière seraient
soumises à des critères de chargement et compenseraient
à 80% des baisses de prix étalées dans
le temps (-30% dici 2002 pour la viande bovine, -10%
dici 2006 pour le lait avec maintien des quotas). Pour
tenir compte des disparités locales et des objectifs
nationaux de rééquilibrage des soutiens entre
producteurs, la répartition dune partie des reversements
européens serait du ressort des Etats au nom de la
subsidiarité. Certes, crise de la vache folle et pressions
de certains partenaires obligent, la promotion dune
agriculture plus respectueuse de lenvironnement, plus
soucieuse de qualité et le besoin dune politique
de développement rural plus affirmé, influencent
quelques propositions. Mais cette volonté devra être
confirmée par des mesures concrètes accompagnées
de financement pour être crédible.
La
diversité des objectifs de la PAC (préserver
le revenu, équilibre des marchés, sécurité
alimentaire interne en différends produits et externe,
favoriser une agriculture avec des producteurs nombreux, responsables
et pas travailleurs à façon des IAA et distribution)
nécessite une multiplicité de moyens :
-
loutil unique " aide directe " est alors erroné
et la dépendance du revenu à ces aides trop
forte
-
les dysfonctionnements internes (répartition des aides,
légitimité, couverture des différents
secteurs) ne sont pas atténués pendant que les
régulations de marchés sont très diminuées
-
les marges dégagées par les baisses de prix
apparaissent insuffisantes et trop temporaires pour être
-
Faire des contre-propositions revient à ruiner les
justifications de la Commission en réintroduisant le
couplage des aides et en diminuant donc lacceptabilité
des mesures tant recherchée à lOMC
-
Faut-il toutefois anticiper aussi fortement le résultat
des négociations futures à lOMC sur lagriculture
pour définir sa stratégie globale densemble
?
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Source :
H. Guyomard - Présentation au Conseil scientifique
de lINRA (fév. 1998) et au Groupe de prospective
du ministère de lAgriculture.
Pour
en savoir plus :
H. Guyomard - " Les changements et négociations
à venir dans la PAC et lOMC " - Revue
Purpan N° 186/187, janv-juin 1998 pp 7-16.
A.
Gohin, H. Guyomard, C. Le Mouël - " Eléments
de définitions dune PAC pour le 21ème
siècle : promouvoir les rôles marchands et non
marchands des agriculteurs européens " ; 1997
- INRA/ESR Rennes
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